AMANI DJONI: “J’ai honte pour la musique ivoirenne”

Write on mercredi, 27 septembre 2017 Published in Entrevue Read 498 times
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Amani Djoni a déjà 26 ans de carrière derrière lui. Des années pendant lesquelles l’artiste tradi-moderne a sorti 11 albums. Désormais Président national des artistes tradi-modernes de Côte d’Ivoire, il veut défendre et redorer l’image de sa corporation. Dans cette entrevue, le chanteur dénonce le traitement infligé aux artistes tradi-modernes en Côte d’Ivoire. Et s’en prend aux autorités en charge de la culture, au Burida et aux médias. 

. Visiblement ça marche pour toi. Tu es tout le temps parti à travers le pays ?

- (Rire) Oui, c’est vrai. Je bouge beaucoup dans le but d’honorer mes différents engagements de spectacles. Par la grâce de Dieu, tout va bien et je ne me plains pas. Dieu merci, je suis régulièrement sollicité un peu partout en Côte d’Ivoire. Toutes les semaines, du jeudi au dimanche. La musique est ma vie. C’est le métier que j’ai choisi et c’est la musique qui me fait vivre.

. Quelle est ton actualité ? 

- Après 26 ans de carrière et 11 albums, je m’apprête à sortir ma nouvelle œuvre. Mon staff et moi sommes en train de travailler sur les derniers détails pour la publication. Ce sera du balèze et je rassure les mélomanes qu’ils ne seront pas déçus. Comme le public le sait, je sors toujours des albums de belle facture. Avec moi, les gens payent le CD avant de l’écouter. Ils ne l’écoutent pas avant de l’acheter. Parce que les mélomanes connaissent ma valeur et ils me font confiance. C’est pourquoi je suis fièr d’être un artiste tradi-moderne. Et je félicite l’ensemble des membres de notre corporation en Côte d’Ivoire pour la qualité et le sérieux de leur travail.

. Pourtant, les artistes tradi-modernes sont souvent taxés de sectaires. N’est-ce pas là aussi un handicap pour la promotion de votre musique ? 

- C’est la vision de certaines personnes et ce n’est pas juste. Car chaque artiste a son créneau. C’est pour cela d’ailleurs que nous ne savons pas où faire notre promotion. Alors que nous faisons le même métier que les autres artistes. Et dans nos relations avec les médias, je n’arrive pas souvent à comprendre pourquoi nous sommes marginalisés. Par exemple, à la RTI, quand je sors un album, je paye pour ma promotion. Mais lorsqu’il y a des grandes émissions de divertissement, je ne suis pas invité. (Il ironise) Peut être qu’il y a des émissions réservées à une catégorie de chanteurs ? Cependant, il y a des artistes qui sont tout le temps dans les émissions de la RTI et leurs clips-vidéos sont diffusés régulièrement. Franchement, je ne sais pas quels critères ils remplissent que je ne peux pas satisfaire. Donc en toute franchise, s’il y a un montant à payer pour être aussi présent sur les antennes de la télévision ivoirienne, qu’on le dise et je vais m’acquitter de ce droit.  C’est pourquoi, nous sommes obligés de nous retrouver dans des circuits parallèles, là où nous sommes acceptés, parce qu’on n’a pas le choix. Et ces endroits payent nos droits au Burida. Malheureusement, nous ne percevons rien de ces droits. Je remercie au passage tous les maquis baoulé et autres espaces qui se sont engagés à faire la promotion de la musique tradi-moderne, particulièrement le genre baoulé. 

. Combien as-tu perçu à l’occasion de ton dernier passage au Burida ? 

- Je ne dirai pas la somme, mais ce sont des miettes. Et ce n’est pas normal pour un artiste comme moi qui tourne un peu partout en Côte d’Ivoire. Dans les espaces où je joue, les propriétaires reversent des droits d’exécution publique au Burida. Mais bizarrement, je ne comprends pas ce que je perçois comme droits. 

. Tu étais absent aussi aux 8èmes jeux de la Francophonie, peux-tu nous en donner les raisons ? 

- Effectivement, je n’ai pas été contacté. C’est encore dommage. Si les gens de l’organisation avaient de la considération pour ma personne et pour les artistes tradi-modernes, les mélomanes allaient me voir à cette cérémonie. Si vraiment, ils avaient besoin de nous, nos adresses sont au Burida. Mais je n’ai reçu aucun appel ni une invitation jusqu’à ce que l’évènement prenne fin. C’est dans la foulée que j’apprends que je devrais m’inscrire sur une liste pour être appelé. J’ai été choqué. Je répète une fois de plus à l’opinion publique que les artistes tradi-modernes se respectent. Nous sommes des responsables. De grâce, que ce respect soit réciproque. Les artistes tradi-modernes sont les plus nombreux à avoir des réalisations même dans leur village natal. Donc, qu’on ne me compare pas à ceux qui font du bruit pour rien. 

. Tu sembles très fâché ? 

- Oui, je ne suis pas un amuseur public. Je suis un artiste qui connait sa valeur. Le métier est noble, donc, je ne veux pas qu’on me banalise. 

. Tu as beaucoup d’artistes avec toi, dans l’association que tu diriges. Peux-tu en citer quelques uns ? 

- Il y a peu, j’étais le Président des artistes baoulé uniquement. Désormais, je suis le Président national des artistes tradi-modernes de la Côte d’Ivoire. Dans la nouvelle association, il y a des chanteurs tradi-modernes tels que Blé Marius, Aziz 47, Luckson Padeau, Claude Romy, Kouamé Adigri, Allah Thérèse, Tigresse Sidonie, Fifi Ayaka, Monia, Anikan, Nossa Bilé…. La liste est longue. Que ceux que je n’ai pas cités m’en excusents. Ce qui est sûr, cette association vient pour défendre le droit de l’ensemble des artistes tradi-modernes de Côte d’Ivoire. Je prépare, avec les membres de mon bureau, la présentation officielle de l’association et la cérémonie de mon investiture. J’ai également le soutien de nos collègues de France tels que Savan Allah, Bléssi Tébil, Nahounou Paulin, Chanaka et bien d’autres. 

. N’guess Bon Sens fait-il partie de votre association ? 

- (Il hésite) Je souhaite ne pas parler de lui. Il n’est pas avec nous. Nous l’avons convoqué à nos réunions à plusieurs reprises, il n’est jamais venu. Donc son cas, c’est un autre débat.

. Au mois de mai dernier, tu as donné un spectacle à Paris. Que retiens-tu de ce premier show à Paris ? 

- Vraiment, l’accueil a été chaleureux. Je remercie toute la communauté baoulé de France. En toute franchise, je ne m’attendais pas à une telle mobilisation et Dieu a fait remplir la salle. Et le concert a été une réussite totale. 

. A quoi pensais-tu avant ton départ pour la France ? 

Bon, en tant qu’artiste, je me suis dit : cela va donner une autre dimension à ma carrière. Je ne suis pas parti de moi-même, c’est la qualité de mon travail qui m’a permis de voyager. C’est ma guitare et ma voix qui m’ont fait voyager. Quand j’ai fini, je suis revenu et je garde un souvenir inoubliable de mon séjour parisien. 

. As-tu échangé avec tes collègues pour la promotion de la musique tradi-moderne en France ? 

- Oui, bien sûr. J’ai longuement échangé avec les artistes tradi-modernes. Ce que je retiens, c’est que nous ne sommes pas pris au sérieux. (Il monte le ton) Quand il y a des évènements ou des cérémonies de grande envergure, on n’est pas invité. Alors que nous sommes près de 1800 artistes tradi-modernes. Donc, je ne comprends pas pourquoi, nous sommes négligés ou laissés pour compte. En tant que Président, je dis et je crie haut et fort que ce n’est pas normal ce que nous subissons. Les chanteurs tradi-modernes ne font pas du bruit, ils composent et véhiculent des messages dans leurs chansons. Donc, il faut que notre ministre de la culture sache que les artistes tradi-modernes existent. Je rappelle à tous que la mère des musiques zouglou, reggae, cubain, c’est la musique tradi-moderne. 

. Ton dernier coup de gueule ? 

- Je tire sur la sonnette d’alarme pour dire à l’Etat de Côte d’Ivoire de se pencher sur la situation d’Allah Thérèse. Pour sauver sa dignité, elle est retournée dans son village. Et lorsque les promoteurs la sollicitent, elle est obligée de se déplacer à Abidjan. Je dis que c’est une honte pour la musique ivoirienne. Au nom de tout ce qu’elle a fait pour la culture ivoirienne, mon souhait le plus cher est que les autorités puissent lui offrir une maison à Abidjan.

 

Par Charly Légende

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