NAYANKA BELL: “Je vis un enfer”

Write on lundi, 16 octobre 2017 Published in Entrevue Read 2704 times
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Evacuée à l’hôpital des suites d’une crise de nerf, Nayanka Bell va mieux. Très secouée par l’affaire du litige foncier qui l’oppose depuis plusieurs années à ses parents d’Agboville, l’artiste était dans un état de dépression inquiétant. Top Visages est allé la voir à l’hôpital. La chanteuse s’est exprimée sur ses récents déboires judiciaires et relationnels avec ses frères d’Agboville. Elle ne manque pas non plus de lancer un appel aux autorités sur la situation qu’elle vit en ce moment.

. Comment vous vous portez aujourd’hui ?

- Ça ne va pas. Je suis une femme déprimée, désespérée. Je vis une situation difficile. Mes terres font l’objet de convoitises. On veut me les spolier. Je n’ai pas la paix du cœur, pas du tout.

. On vous sent très remontée ?

- Avec tout ce qui m’arrive, n’ai-je pas le droit d’être en colère ? 

(Elle lève le ton). Je n’arrive plus à travailler, à être heureuse, vous comprenez ça ? Ça fait quatre mois que je ne dors pas bien. Je passe mon temps à fouiller et relire des documents. J’ai mal au cœur. Franchement, je ne vis pas, je survis.

. Vous survivez ? Le mot n’est-il pas trop fort ?

- Ecoutez, c’est quoi le bonheur si on a l’âme en peine ? Depuis un certain temps, je n’ai plus le sourire. Aujourd’hui, je me sens comme enfermée dans une prison. Ne me parlez donc pas de bonheur.

. Vous avez piqué une crise par rapport à cette situation et ensuite admise en soins dans une polyclinique depuis quelque jours?

- J’ai été hospitalisée une première fois dans une clinique de la place, puis à domicile. Mais mon état ne s’améliorait pas, j’ai été admise ici à la Polyclinique Farah (Marcory Résidentiel). Ma mère, madame Aka Juliette qui a 81 ans, n’a pas été épargnée non plus. Vu mon état, elle n’a pas pu supporter, elle a aussi piqué une crise. Et aujourd’hui, on se retrouve toutes deux internées dans une chambre d’hôpital. Ma mère avait toujours rêvé de vivre dans la campagne. Maman a servi de mère à tous ces villageois, c’est elle qui les soignait. Ma mère a réalisé des projets qui ont été aujourd’hui détruits par des gens du village d’Ano. Elle a mis au monde beaucoup de filles et un seul garçon, mon frère Jean Louis, décédé aujourd’hui et pour lequel j’avais chanté «Iwassado». Elle a le cœur meurtri de voir que ce patrimoine qu’elle a bâti avec son défunt mari, est sur le point d’être spolié.

….

(Sa mère, Mme Aka Juliette, intervient) : «La situation de ma fille devenait inquiétante. A 5h du matin, dans la journée et même tard la nuit, ma fille Nayanka est plongée dans les papiers de ses terres. Elle n’avait que la tête dans cette affaire de plantation. Quand elle est en communication au téléphone, ses mains et la gorge tremblent. Franchement, ça me donnait énormément de soucis. Ils veulent m’enlever ma fille ou quoi ? Aujourd’hui, je n’ai pas de mari, ni de frère et sœur, je n’ai plus de fils. Je n’ai que ma seule fille, c’est elle qui s’occupe de moi ».

. A cette allure, ne craignez-vous pas pour votre santé ?

- Nayanka : Ma santé ne va s’améliorer que si une solution est trouvée. Tant que cette affaire n’a pas été résolue par les autorités, je me demande comment je pourrai véritablement me rétablir et sortir de cette situation qui ne finit pas.

. Cette affaire de biens fonciers qui trouble vos nuits, expliquez-nous, quel est le vrai problème ?

- Ma famille a acheté des terres de plusieurs hectares en 1994 dans le village d’Ano, dans la sous-préfecture d’Agboville. Il s’agit de quatre concessions. Des concessions de mon père, moi-même, mon mari et mes sœurs. Mon père a fait toutes les formalités pour s’acquitter des droits de ces biens en bonne et due forme auprès des chefs notables et coutumiers, ainsi que les chefs de familles du village d’Ano. L’administration d’alors, après enquête nous a fourni tous les documents de ces terres. Toutes les parties ont approuvé. Nous avons chacun eu nos titres fonciers en 1997- 1998. J’ai avec moi tous les papiers du représentant de la famille des vendeurs.

. …

- Mon père avait commencé à planter sur les terres. Quand il est décédé, nos soucis ont commencé. Un jour, apparait le petit frère de l’héritier coutumier. Ce dernier arrive avec des individus et ensemble, ils se sont mis à détruire nos terres. Sous prétexte que c’est leur propriété.

. Cela faitlongtemps que ce problème de litige foncier vous oppose aux gens du village d’Ano. Comment expliquez-vous ce bras de fer sans fin ?

- Ils veulent nous chasser de nos terres. Mais ils n’y arriveront pas. Ces villageois ont utilisé toutes les voies et moyens pour dire que les documents que je possédais étaient faux. Ils sont même allés trouver le procureur pour lui faire entendre que j’ai envoyé des gens dévaster leurs plantations dans un village que je ne connais même pas. Et pourtant, depuis 2015 la justice avait tranché le litige qui nous opposait. On avait eu gain de cause.

. Pensez-vous être victime d’un acharnement ? 

- Oui, je suis bel et bien victime d’une machination créée par des gens qui veulent coûte que coûte me spolier de mes biens. J’ai adressé des lettres à l’ambassadeur du Burkina, au commandant de brigade d’Agboville et au procureur de la république. Il n’y a jamais eu de retour positif. Ce qui me désespère le plus, c’est lorsque, eux portent plainte, ils sont suivis et moi à mon tour, rien ne se fait. Les gens sont sur mon terrain et c’est moi qu’on condamne. Le drame, c’est quand le ministère de l’agriculture est saisi du problème, mais il ne réagit pas. Je refuse de tout mon être d’accepter ce genre de procédure. 

. Qu’est ce que vous produisez sur vos terres à d’Agboville ?

- On y fait de l’élevage, le poulailler plus précisément. Mon père a planté du café, du cacao, de l’hévéa. Mon mari a planté pour sa part du palmier à huile, des bananes. Aujourd’hui,  une bonne partie de ces plantations a été dévastée par des gens d’un village voisin, qui est le village de Bokao. Bokao, c’est un campement d’autochtone burkinabé qui s’était mis sur le site de la Sodefor, les gens de ce village n’ont aucun patrimoine. Je n’ai que des squatteurs sur mes terres. 

. …

En 2008 un certain Kaboré Embroise qui est l’actuel chef des jeunes burkinabé d’Agboville, arrive sur nos terres avec un fusil de calibre 12 pour me menacer, en me priant de dégager. J’ai même porté plainte à la brigade de gendarmerie d’Agboville ainsi qu’au parquet. L’affaire, malheureusement, est restée sans suite. Toujours en 2008, le chef du même village de Bokao fait venir une dizaine de personnes armées de machettes pour venir nous menacer, empêchant mes manœuvres de travailler. Ils veulent coute que coute nous exproprier. Pour cela, ils vont devoir passer sur mon corps d’abord. Je ne me laisserai pas faire. 

. La dernière décision en date sur cette affaire, on vous somme de payer 160 millions dans le litige qui vous oppose à vos parents d’Agboville…

- On me condamne aujourd’hui à payer 160 millions à des squatteurs sur un jugement basé sur du faux. Aujourd’hui, j’en suis malade, déprimée. Me demander de payer 160 millions, c’est comme si on voulait me ruiner, me tuer. J’ai perdu confiance en notre justice. Je suis très déçue. Parce que c’est une cabale venant de gens malfaisants qui veulent faire du faux pour me déposséder de mes terres. 

. Qu’est ce que ces terres représentent pour vous aujourd’hui ?

- Ecoutez, (elle marque un silence, puis reprend) ces terres représentent ma vie. Elles représentent tout un projet, un rêve, c’est la vie de mon défunt père, la vie de ma mère, la vie de mes enfants et de mes petits enfants. Je considère que c’est un patrimoine qui appartient à ma famille. 

. Jusqu’où êtes-vous prête à aller ?

Jusqu'à mon dernier souffle. Je ne reculerai pas, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cette affaire soit réglée comme il le faut. C’est un droit, le droit d’une citoyenne qui est martyrisée dans son propre pays. 

. Vous nous confiez hors micro que vous avez un cri cœur ?

- Oui, tout à fait. Je suis une mère de famille respectée dans ce pays et de surcroit une ambassadrice de la musique ivoirienne. Je m’en remets au Président de la République. Je pense que si le Président, qui est venu me voir pour me dire « Yako » après mon accident, est informé de la situation, je suis sûr qu’il va m’aider. Je suis en ce moment victime d’une situation juridique qui me rend malade. Je demande donc au Président Ouattara et à ma sœur, son épouse Dominique de venir à mon secours. Si non, aujourd’hui, je n’ai personne. Je ne sais pas où donner de la tête. Je suis aujourd’hui une victime laissée à l’abandon à des escrocs. 

. Pensez que votre statut de star explique cet acharnement ?

- Non, je pense que c’est parce que je n’ai pas la main trop haute. Je ne suis pas fille de ministre, d’une personnalité au sommet de l’Etat. Je suis une simple citoyenne lambda qui se bat contre des gens malveillants qui veulent la réduire. 

. Reverra-t-on Nayanka sur la scène musicale ?

Je suis accablée par cette affaire qui empoisonne ma vie. Je n’ai ni la force ni la capacité de parler de musique et de show biz en ce moment.

Je n’ai pas de spectacle, je ne fais rien (elle s’énerve de plus belle). Vous me parlez de choses qui ne sont pas ma préoccupation en ce moment. On n’en est pas là. 

 

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