KAJEEM: Il fait déplacer son village au Palais

Write on mardi, 31 octobre 2017 Published in Entrevue Read 841 times
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Le fils de Jah, Kajeem, part à l’assaut du Palais de la culture de Treichville le 4 novembre prochain. Il célèbre ses 25 ans de carrière. Le reggaeman a sorti 7 albums durant ses 25 ans. Il y a ‘’N’Gowa’’ (1997), ‘’Revelation time’’ (1999), ‘’La voix du ciel’’ (2000), ‘’Positive’’ (2004), ‘’Qui a intérêt ?’’ (2008), ‘’Ghetto reporter’’ (2010) et ‘’Gardien du feu’’ (2016). Avant le grand jamboree, le fils de Jah situe les grands axes de cette fête et parle de sa carrière musicale.

• Vous êtes en pleine préparation de vos 25 ans de carrière le 4 novembre prochain au Palais de la culture de Treichville. Que  représente cette célébration pour vous ?

- Elle représente beaucoup. Car beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Pour avoir la chance de fêter 25 ans de carrière, cela veut dire pendant 25 années, il y a des gens qui nous ont porté. Pour moi, c’est l’occasion de remercier tous ces gens qui malgré leurs maigres moyens, ont acheté une cassette. Parce que quand je commençais, on était aux cassettes. Puis on acheté des CD. Ils sont venus à mes concerts. Tous ceux qui m’ont permis de faire ce chemin-là, c’est l’occasion de marquer une pause et les remercier. Toutes les maisons de production comme N’Gowa Production, Revelation Prod, Black Star Label, mes premiers managers Abel Ouattara et Naftaly. Pour moi, c’est l’occasion de faire une grande fête. Ce sera aussi une grande fête du Reggae. Je suis accompagné par tout le mouvement reggae. 

• Quelles seront les grandes articulations de cette messe du reggae ?

- (Rire) Vous voulez tuer le suspense. On a pas mal de surprises en vue. J’ai la chance de me faire accompagner par la quasi-totalité du mouvement reggae en Côte d’Ivoire. Je suis également accompagné par l’association des agents et managers d’artistes de Côte d’Ivoire. En termes de spectacle, il y a la participation de mes frères locaux et internationaux. Il y a par exemple mon frère pote de Marseille, Malick Fahim, Didier Awadi qui ont déjà confirmé. J’attends une autre confirmation d’une des surprises du festival. Nous allons faire venir le village le 4 novembre à Abidjan. Je ne vais vous donner plus de détails. Mais, ceux qui seront présents ce jour-là vont se rendre compte. Il y aura toutes les organisations internationales avec lesquelles j’ai travaillé comme Amnesty International et la Page Blanche. Tous les enfants de ce centre sont mes invités spéciaux. On aurait dû mettre en haut de l’affiche ‘Convocation’’. Parce que tout le monde est convoqué.

• D’où vient l’artiste surprise que vous réservez au public le 5 novembre  au Palais de la culture de Treichville ?

- L’artiste surprise ne vient ni d’Afrique, ni d’Europe.  On attend la confirmation d’un grand artiste de la Jamaïque. Il y aura aussi les frères du Burkina-Faso comme Freeman Tapily et Sam K. Le Jah. Tout le monde se mobilise pour venir. Ça va être un grand show.

-…

- Tout le monde pense qu’on va jouer toutes mes chansons. Ce n’est pas évident. Nous sommes en train de mettre les petits plats dans  les grands pour que ce soit une grande réussite.

• Aura-t-on droit à des rétros en image de l’artiste ?

- L’organisation propre du spectacle prévoit au moins de mettre 5 écrans géants. S’il y a des écrans, c’est qu’il y a des choses à montrer. Nous sommes en train d’y travailler. C’est important de revoir d’où on est parti pour en arriver là. A travers ces images, il est important de revoir ceux avec qui on a commencé.

• En plus des chansons que le public connait, y aura-t-il des inédits ?

- Je ne fais pas de gros spectacle sans des inédits. On y travaille. Pour le moment, on préfère ne pas les dévoiler. Sinon, on aura au moins un ou deux inédits. C’est important que les gens apprécient ce qui est là.

• Vous parliez tantôt du village qui va se déplacer au Palais de la culture. Est-ce des chansonniers traditionnels de votre village?

- (Il rit) Ce sera mieux que des chansonniers. Il faut être là pour vire cela. Ceux qui seront présents comprendront que rien n’est fait au hasard. On est certes à Abidjan, mais on est venu avec la bénédiction de ceux qui sont au village. Les spectateurs redécouvront des chansons sous  leurs versions les plus traditionnelles.

• Vous avez fait du chemin. Du Mouvement Universitaire du Rap (MUR) en passant par le N’Gowa Possee. Comment êtes-vous passé du Rap au Reggae ?

- J’ai toujours été reggae. Sauf que je suis un fan de musique Rap. J’ai évolué dans un mouvement Rap. Quand j’arrivais au MUR en 1992, on m’appelait déjà le fils de Jah. J’étais déjà reggae. A l’époque, le reggae n’était pas encore bien structuré comme il est actuellement. J’ai grandi avec eux. Je suis un enfant du reggae qu’il n’a pas reconnu. J’ai été adopté par le Rap. J’ai grandi dans un environnement Rap. D’ailleurs, si ma musique est écoutée par certaines personnes, c’est parce qu’il y a cette empreinte du Hip-Hop là-dedans. Ce qui fait la différence entre tous les autres qui font du reggae. Il y a de plus en plus de jeunes qui sont dans la même trajectoire que moi. Ils passent du Rap au reggae. La dimension spirituelle du reggae fait d’elle une musique spéciale. Beaucoup de gens en prenant de l’âge préfèrent s’orienter vers cette musique. Je ne renierai pas la part du Rap qui est en moi. Ce 4 novembre prochain, il y aura un ou deux chansons Rap bien chauds. Nous avons aussi lancé une invitation à un des anciens ténors du Rap en Côte d’Ivoire. On espère qu’il sera présent.

• Vous voulez parler de Steezo, par exemple ?

- Non seulement, Steezo est un ancien. Mais il n’a jamais abandonné le Rap. Il est toujours actif. Si pour un tel spectacle, on retrouve Steezo sur scène avec moi, ce sera une belle surprise. Et ça sera plutôt logique.

• Des anciens du MUR et de N’Gowa Possee seront-ils là ?

- Les invitations ont été lancées. Nous sommes en contact avec Marc Lenoir à Rennes (France). Ce sera vraiment la mort dans l’âme qu’il ne sera pas là. On s’est beaucoup rencontrés pour des événements pas gais. J’ai l’occasion d’avoir à mes côtés Ismaël Isaac. Il m’a aussi accordé ses premières-parties de concerts. Il fait même une vidéo pour appeler les gens à venir. C’est vraiment intéressant.

• Et Alpha Blondy ?

- Bon, quelqu’un comme Alpha Blondy n’est pas un artiste qu’on met en avant quand on organise un tel spectacle. Vous connaissez son calendrier hyper-chargé. Mais s’il a la possibilité d’être là, on sera plus qu’heureux. C’est lui qui a tracé le chemin du reggae en Côte d’Ivoire. Il n’est pas obligé d’être là. Sa bénédiction suffit.

• Le public aura-t-il l’occasion d’acheter  vos anciens succès sur place ?

- Oui, on a bien fait les choses. On a une édition spéciale de mes 25 ans de carrière dans un coffret. Il y aura sûrement des CD, des Tee-shirts. Il y aura de quoi faire plaisir à ceux qui aiment Kajeem.

• Quel est parmi vos 7 albums, celui qui vous aura le plus marqué ?

- L’album au plan sentimental qui m’a marqué, c’est mon premier ‘’N’Gowa’’ (1997). C’est l’opus dans lequel j’ai tout mis pour qu’il soit une réussite. Lorsque je le réécoute, je me dis qu’on était en avance. Et la production qui m’a permis de me révéler, c’est ‘’Revelation time’’ (1999). Mais je suis toujours du genre à penser que mon meilleur album est le prochain. Parce que je ne suis pas quelqu’un qui a appris la musique à l’école. J’ai appris à écrire des textes. C’est en faisant des albums que je m’améliore.

• Quel est la production qui vous a le plus fait voyager ?

- C’est  ‘’La voix du ciel’’ (2000). Il m’a permis de beaucoup tourner en Afrique et en Europe. En Hexagone, je n’ai constaté que l’écart entre mes frères antillais étaient énorme avec ‘’Revelation time’’ (1999). Donc, il me fallait sortir un album qui a la même dimension que ceux de l’Europe. Avec cette production, je suis allé en Suisse, au Pays-Bas, en France, en Allemagne... Je suis allé même aux Îles Canaries. En Afrique, je suis parti en Egypte. Cet album a été une vraie bénédiction pour moi. C’est celui qui m’a fait rencontrer le Comité international de la Croix Rouge. Avec ‘’La voix du ciel’’ (2000), j’ai fait le Montreux Jazz festival. Après la route était un peu tracé pour les autres albums.

• C’est dans quel pays vous avez été le plus adopté ?

La scène la plus chaude en Europe pour moi est Barcelone. J’y ai fait deux gros spectacles en 2006. C’était extraordinaire, parce que je jouais pour le Forum mondial pour la jeunesse. Et il y avait la jeunesse du monde entier. Et j’ai joué deux jours de suite. Il y avait plus de 4000 personnes dans la salle. C’était le délire, lorsque j’entonnais les premières chansons. Il y a eu aussi la première-partie de Tiken Jah au Bataclan. Ce n’était pas moi l’artiste à l’affiche, mais il y a eu un super accueil du public. J’ai joué également sur l’une des plus grandes scènes de Genève où il y avait plus de 10 mille personnes.

• Vous n’avez pas de regret de n’avoir pas la chance d’entrer jusque là dans une major ?

- Oh, je n’ai aucun regret. J’ai eu la chance de faire ce métier déjà tout petit. Combien parmi nous rêvait de faire ce métier quand ils étaient petits ? Lorsque je revenais avec l’album ‘’Qui a intérêt ?’’, j’avais un contrat avec Universal. C’est moi qui ai rompu ce contrat en 2008. En Afrique, tout le monde rêve de signer dans une major. Mais en Europe, tous les artistes qui ont signé dans une major cherchent à être indépendants. Il faut que les Africains se posent les vraies questions.  La liberté a un prix qu’il faut savoir payer. Je suis le producteur de mes albums. J’en fais ce que je veux. Je ne suis pas sûr que ceux qui sont dans les majors, soient plus heureux que moi. De tous ceux avec qui j’ai commencés, je suis le seul encore en activité. C’est une grâce. Je me sens totalement béni.

• Pourquoi avez-vous rompu le contrat avec Universal ?

- C’est parce que je ne voyais pas les choses évoluer comme je le voulais. Je ne veux pas qu’on raconte partout que j’ai un parapluie sur la tête. Si la pluie me mouille, autant jeter donc le parapluie.

• Vos parents seront-ils là le 4 novembre prochain ?

- Ma mère m’a toujours soutenu lors des grandes occasions. Elle a été présente aussi dans les pires moments de ma vie. Je n’éprouve pas le besoin de la présenter. Si sa santé le lui permet, elle sera là. Ça sera alors une sorte de motivation pour moi.

• Qu’est-ce que vous auriez voulu faire si vous n’étiez pas devenu artiste ?

- Si je n’étais pas devenu artiste, je serai devenu sûrement diplomate. C’est pour cela que j’ai fait les langues étrangères à l’université. Je suis un bon musicien que la diplomatie a failli gacher. Heureusement que je me suis ressaisi et je suis Kajeem aujourd’hui.

• Après votre bouquin ‘’Le petit garçon qui peinait à parler’’, sorti en 2013, vous êtes sur un autre projet ?

- Oui, actuellement je travaille sur deux livres. Un recueil de nouvelles intitulé ‘’Sangofan ou le retour aux sources’’ et mon premier roman ‘’Bataille à Atokro ou le village du mensonge’’.

 

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Patrick Bouyé